Le Requiem de Fauré dans la sérénité

Article paru dans Nice Matin , du samedi 23 septembre 2017

Ce soir à 21 heures à la Cathédrale d’Antibes, le Festival d’art sacré invite le Chœur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur pour un concert qui mettra en valeur les voix de cet ensemble dans un répertoire intimiste de toute beauté.
Bruno Rastier et Nicole Blanchi, chefs associés auprès du fondateur de ce chœur Michel Piquemal, seront à sa tête pour la circonstance. Rencontre avec Bruno Rastier qui se produit à Antibes pour la première fois.

Quel est votre parcours ?
J’ai commencé à l’âge de 5 ans par la flûte que j’ai pratiquée longtemps. A 16 ans, j’ai dirigé une chorale paroissiale un peu par hasard et je me suis senti tout de suite très bien dans ce rôle. Puis j’ai fait une grande école de commerce. A l’issue de mes études, j’ai sillonné l’Europe pendant treize ans pour un groupe de télécommunications. Partout où je suis passé, j’ai repris ou créé un chœur. Ce fut le cas à Vienne, Cologne et Prague. A mon retour, j’ai décidé de me consacrer à ma passion première. Je me suis formé en direction de chœurs. En 2005, j’ai rejoint le chef de chœur Pierre Cao et le chœur international Arsys Bourgogne aux rencontres de Vézelay dont j’ai été le directeur général de 2005 à 2015. En 2015, j’ai décidé de créer mon propre ensemble professionnel et de développer un projet global au centre duquel se trouve ce chœur Hysope. Parallèlement, j’ai rencontré Michel Piquemal qui m’a proposé de rejoindre le Vocal Provence, partie aixoise du Chœur régional PACA, en tant que chef de chœur associé. C’est pour moi un retour aux sources, car je suis né à Aix-en-Provence.

Qu’avez-vous apporté à ce chœur ?
Au niveau du Vocal Provence, je me suis efforcé d’apporter une vision nouvelle en faisant évoluer le chœur vers un équilibre, avec la volonté d’instiller une exigence de bienveillance dans le travail. Le chœur régional célèbrera en 2019 son trentième anniversaire. Le répertoire évolue aussi. Avec Michel et Nicole, nous allons vers des œuvres nouvelles, comme la Misatango de Martin Palmeri, un compositeur contemporain argentin, et qui la messe préférée du pape François. Tout en continuant à monter le répertoire des grandes œuvres symphoniques pour chœur et orchestre, en partenariat avec les orchestres professionnels de la région ou a cappella et avec orgue comme ce sera le cas à Antibes.

Qu’allez-vous interpréter ce soir ?
Je vais partager cette soirée avec Nicole Blanchi, qui dirige le Vocal Côte d’Azur en tant que chef associé et qui va donner les Petites prières de Saint-François d’Assise pour chœur d’hommes a cappella et les Litanies à la Vierge Noire de Poulenc pour chœur de femmes, accompagnées à l’orgue. La soprano Pauline Courtin chantera en soliste le Panis Angelicus de Franck et le célèbre Ave Maria de Gounod. Pour ma part, je dirigerai le Rqueim de Fauré. C’est un pièce magnifique qui met merveilleusement en valeur le Chœur dont Fauré a dit qu’il l’avait écrite en pensant à "une berceuse de la mort". Il n’y a pas de notion de drame, mais plutôt l’expression du bonheur de rejoindre Dieu. C’est une œuvre de sérénité. J’ai axé mon travail avec les choristes sur cet aspect particulier. C’est véritablement un partage de paix intérieure. Cela fait du bien, pour contrebalancer la violence du monde dans lequel nous vivons. La version avec orgue que nous allons donner, avec Pauline Courtin, Frédéric Cornille et Laurent Fiévet, apporte une intimité étonnante qui installe cette douceur nécessaire dans des couleurs liées aux possibilités musicales de l’orgue. J’ai la volonté de faire découvrir davantage au public des compositeurs français ou européens qui ont écrit de très belle musiques pour chœur et grand orgue - et qui sont trop peu jouées.

Interview parue à l’occasion du concert du Chœur régional PACA le 23 septembre 2017 à la Cathédrale d’Antibes dans le cadre du Festival d’art sacré.