Et soudain le soleil se leva en pleine nuit

Monaco Matin - André Peyregne

Et soudain le soleil se leva en pleine nuit

Ravel est un génie. La manière dont il a orchestré le "Lever du jour" dans son œuvre Daphnis et Chloé est un modèle dans l’histoire de la musique. Une féérie de sons éclaire un long crescendo de l’orchestre dans lequel les flûtes, les violons, les harpes font entendre des chants d’oiseaux, évoquent des ruisseaux scintillants, glorifient pour finir l’apparition de l’astre du jour.
Cette œuvre était au programme du concert de dimanche soir au Palais princier. Gianluigi Gelmetti l’a admirablement conduite à la tête du Philharmonique de Monte-Carlo. C’est ainsi qu’au milieu de la nuit, le soleil se leva dans la cour du Palais princier.
Le moment fut mémorable. D’autant qu’au dessus de l’orchestre se levait le frémissant murmure du chœur de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Aucune parole, simplement la syllabe "a" qui accompagnait par vagues la progression de l’orchestre ! Une centaine de choristes avaient pris place spectaculairement sur les marches de l’escalier monumental au bas duquel était installé l’orchestre.
Généralement, pour raison d’économie, on joue Daphnis et Chloé sans les chœurs. Mais Monaco a les moyens. Et ce fut un bonheur d’entendre la version originale de l’œuvre avec chœur, telle que l’a prévue Ravel.
A noter le superbe solo de la flûtiste Anne Maugue.
Avant Daphnis et Chloé, le public a pu entendre une éblouissante interprétation du concerto de Bruch par le violoniste Boris Belkin.
Belkin aura été l’un des plus brillants solistes qu’on ait entendus au Palais ces dernières années. Sa virtuosité ? Parfaite ! Sa musicalité ? Totale ! Sa sonorité ? Couleur d’aurore !
Et voir naître l’aurore avec le "Lever du jour" est une volupté absolue...

André Peyregne