Jonathan Nott triomphe à Aix-en-Provence dans la « Résurrection »

Le Temps - parution mardi 7 avril 2015

Par Sylvie Bonier, Aix-en-Provence

Avec la monumentale « 2e Symphonie », le chef britannique a porté le Gustav Mahler Jugendorchester à incandescence

« Vérité et poésie devenues musique » : ainsi parlait Mahler de ses deux premières symphonies. Terreur et transcendance traduites en sons : ainsi l’interprète Jonathan Nott avec le Gustav Mahler Jugendorchester. De passage en tournée sur la scène du Grand Théâtre de Provence lundi soir, le nouveau chef de l’OSR a provoqué un triomphe au Festival de Pâques dans la monumentale « Résurrection ».

On sait que Renaud Capuçon, ayant fait partie de la formation fondée par Claudio Abbado, lui voue une tendresse particulière. Mais il a aussi fréquenté musicalement Jonathan Nott à plusieurs reprises. Les deux musiciens s’apprécient. L’invitation aixoise s’inscrit donc idéalement dans la logique programmatique du violoniste.

Réussite totale sur cet événement : standing ovation longue et sonore, taux d’écoute radiophonique élevé et bonheur à tous les niveaux. Epuisement aussi. On ne peut que saluer la puissance d’engagement, tant physique que mentale et affective, de Jonathan Nott. A l’issue d’une heure trente d’intensité musicale ininterrompue, c’est le visage défait mais rayonnant que le chef remerciait une salle transportée.
L’alchimie entre un directeur musical et un orchestre est quelque chose de mystérieux. A la fois fort et fragile. On n’imagine pas que le courant ne puisse pas passer avec Jonathan Nott. Son attitude passionnée, son geste accueillant et stimulant, sa façon de plonger dans le son, l’expressivité de son visage et de ses mains disent tout, entraînent tout. Avec les jeunes musiciens, ces qualités trouvent un
écho immédiat. Tous y croient. Tous donnent le maximum. Sans retenue. Sur leur verdeur et leur vitalité inconditionnelle, Nott peut bâtir haut. La cathédrale sortie de scène est construite en pierre de taille. Et de feu.

Près de 250 musiciens sur scène, entre le Choeur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et les instrumentistes, cela fait du monde. Une montagne sonore sculptée dans la masse. Nott ne plante pourtant pas les bases de l’édifice dans le roc. Il insuffle un courant d’électricité inextinguible, sans partition ni barrière d’estrade. Et convoque les musiciens à un voyage au bout du monde. Magnifiquement parquetés à la viennoise, avec élégance et douceur, les passages plus paisibles de l’andante luisent délicatement, après les explosions telluriques et rageuses de l’allegro initial. Le Jugendorchester répond au silence près. Dense, compact et fluide. Et avec la soprano Chen Reiss et l’alto Christa Mayer, les sentiments s’épanouissent sur des voix de velours et de chair. Des cataclysmes aux ivresses, cette « Résurrection » pascale aura puissamment illuminé le festival aixois.