Le Chœur régional ne veut pas rester sans voix

L’ensemble qui s’est produit samedi à Martigues, avant Miramas le 4 novembre, s’interroge sur son avenir

Article paru dans La Marseillaise, du mardi 24 octobre 2017

Le public du Théâtre des Salins, à Martigues, l’ignorait peut-être mais le Chœur régional nourrit les plus grandes inquiétudes quant à son avenir. "A la veille de fêter ses trente ans d’existence, le Chœur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, créé en 1988 à l’initiative de la Région PACA et du Ministère de la Culture, et dont la subvention régionale a été divisée par 8 depuis 2007 n’a plus les moyens d’assurer sa mission" alerte le Chœur dans un communiqué. Placé sous la direction artistique de Michel Piquemal, il a pourtant été récompensé deux fois aux Victoires de la musique classique et se produit aussi bien dans les petites communes de la région qu’à l’étranger. Si les choristes sont bénévoles, ils et elles travaillent avec un encadrement et dans un environnement professionnels. Le Chœur régional "permet d’embaucher des solistes, des instrumentistes avec des contrats d’intermittents, c’est une source d’emplois pour les musiciens" .

Dans l’attente d’un rendez-vous avec les élus
Dès juillet 2016, le Chœur régional, constatant "l’impossibilité de continuer son activité après avoir épuisé ses faibles ressources financières" a alerté les représentants de la Région. "En septembre et octobre 2016, il a travaillé à leur demande sur un projet de convention triennale d’objectifs et une modification de ses statuts visant à renforcer son ancrage dans le monde professionnel." indique le Chœur régional. Ces documents ont été remis à la chargée de mission musique classique et contemporaine de la Région mais le 3 janvier 2017, le Chœur a eu la surprise de recevoir une notification de subvention en baisse d’un tiers par rapport à celle de 2016. L’intervention de l’élu chargé du dossier permettra le retour au niveau de subvention de 2016 que le Chœur juge insuffisante. En 2017, "il n’aura survécu financièrement que grâce au legs d’une ancienne choriste", tout en poursuivant son programme de concerts (dont six avec l’Orchestre régional Avignon-Porvence et deux avec l’Orchestre de Cannes) et de formation pour les choristes et les chanteurs professionnels. A ce jour, le Chœur "n’a aucune information officielle sur les intentions de la Région" et juge la situation "très préoccupante pour les sept salariés de la structure (basée à Velaux, dans les Bouches-du-Rhône, Ndlr) dont l’emploi est menacé, pour les artistes professionnels engagés comme solistes ou instrumentistes dans le cadre des concerts, les orchestres régionaux partenaires qui ont déjà programmé leur saison 2018 et surtout le public, privé d’un pan entier du répertoire" Le Chœur espère un rendez-vous prochain avec les élus de la Région.

Vivaldi et Palmeri magnifiés sur la scène des Salins
D’Antonio Vivaldi au compositeur argentin contemporain, Martin Palmeri, (né en 1965), le Chœur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Orchestre de Cannes ont décliné l’art du Magnificat, entre accents baroques et bandonéon de Gilberto Pereyra samedi soir au Théâtre des Salins (13).
La salle comble a réservé un accueil enthousiaste à la formation dirigée par Michel Piquemal qui a dû "bisser" le premier mouvement de l’œuvre de Martin Palmeri. Pour la petite histoire (narrée par Michel Piquemal), le pape François lui-même a apprécié sa Misatango. L’époque où l’Eglise condamnait cette danse sensuelle est heureusement révolue...
Si l’art du compositeur vénitien est connu (il est vrai surtout pour d’autres œuvres mises à toutes les sauces), le Magnificat de Martin Palmeri - très exigeant pour les choristes, entre inspiration tango et aux accents jazzy - a fait office (c’est le cas de le dire) de révélation. Peu importe au fond que l’on adhère ou pas au message religieux, et que l’on connaisse sur le bout des doigts le latin et les versets de l’Evangile selon Luc.
Les doigts du pianiste Philippe Reymond, les voix de Bénédicte Roussenq (soprano) et de Marion Lebègue (mezzo-soprano), le talents des contrebassistes et la qualité du chœur peuvent suffire.
Et le public du Théâtre "La Colonne", à Miramas, pourra découvrir la Misatango le 4 novembre lors d’une "soirée en Argentine".

Article écrit par Jean-François Arnichand à la suite du concert du Chœur régional au Théâtre des Salins à Martigues le 21 octobre 2017.